Le Red Bull Last Stand

Le Red Bull Last Stand est une course de fixed gear par élimination dont la quatrième édition s’est tenue à Tulsa, en Oklahoma. Cette épreuve réputée pour des sensations d’adrénaline extrême attire des athlètes de haut niveau de partout autour du globe. Pour vous donner une meilleure vision du déroulement de cette course, je, Nicolas Côté, aussi connu sous le nom de fixi_boy sur les réseaux sociaux, vais vous présenter mon analyse de cette course où j’ai réussi à monter sur la plus haute marche du podium.

Tout d’abord, les qualifications! Je n’ai pas trouvé cette étape difficile, car les qualifications consistaient à faire son meilleur tour avec seulement cinq tours de crédit. En fait, il s’agissait d’un contre-la-montre individuel sur un parcours technique, ce qui n’est pas trop demandant, puisque c’est une bataille contre soi-même. Cela dit, je me suis classé au 11e rang pour la grande finale et je trouve ça excellent dans les circonstances, car les chances n’étaient pas de mon côté durant l’avant-course. J’ai utilisé à quelques reprises l’expression the devil is chasing me étant donné les deux crevaisons que j’ai eues lorsque je me dirigeais vers le site de la course, une extension de valve brisée, la malchance d’être dans le premier groupe de coureurs pour effectuer mon tour, etc. En gros, le stress était au rendez-vous, car j’avais peur de manquer mon départ et d’être automatiquement disqualifié. Heureusement, j’ai réussi à prendre mon départ dans le groupe 1 à la dernière seconde, et tout ça grâce à mon ami Josh Tyrrell, de l’équipe State Bicycle Co., qui m’a prêté sa roue arrière pour que je puisse effectuer mon tour de qualification. Merci mille fois Josh de m’avoir sauvé les fesses sur ce coup.

Le lendemain soir, c’est le grand moment! Mon mental est au rendez-vous et je suis d’attaque pour la finale. Une seule idée en tête: la victoire! Addison Zawada est au micro comme annonceur officiel du Red Bull Last Stand et une introduction majestueuse est de mise pour chaque athlète. Les cartes d’avant-course sont bien placées sur la table et les chances de sortir avec une victoire sont plus que favorables. C’est un parcours rapide avec des virages techniques, comme je les aime. Mes stratégies sont mémorisées et j’ai identifié des targets à surveiller, comme Colin Strickland, Kevin Girkins, Alec Briggs et Chris Tolley, qui ont tous une réputation royale dans le monde du pignon fixe.

Voilà, je me lance, je suis prêt pour la guerre et le départ est lancé avec 26 tours au compteur. Les premiers tours étaient rapides, mais pas insupportables pour les jambes et le cardio, car il s’agissait en premier lieu de bien se positionner pour ne pas se faire coincer par la vague montante et descendante du peloton. Laissez-moi vous informer sur les règles d’élimination de la course: il y avait deux coureurs éliminés sur la ligne d’arrivée durant les 16 premiers tours et c’est lorsque le compteur affichait 10 tours restants qu’un seul coureur était forcé à quitter. Cela dit, c’est dans les 10 tours à compléter que les choses se sont corsées avec une vitesse frôlant les 50 km/h en moyenne et des attaques à n’en plus finir. C’est avec huit tours à faire que l’échappée gagnante a été lancée. Bien positionné dans la roue de Colin Strickland, j’entends un sifflement et une arrière-pensée de malchance des qualifications me hante… Effectivement, je reconnais ce bruit: il s’agit d’une crevaison. Je me réjouis assez vite, car ce slow leak ne provient pas de ma propre roue, mais de la roue arrière de Colin. C’est à ce moment que je vois son coéquipier Kevin Girkins attaquer du coin de l’œil, depuis l’arrière du peloton. Il réussit à distancer le reste du groupe d’une vingtaine de mètres et je profite du moment pour attaquer à mon tour, le rejoindre et créer l’échappée. Afin de pouvoir garder une avance considérable sur les autres coureurs, nous avons travaillé ensemble pendant près de neuf tours, tout en jetant quelques coups d’œil à l’arrière pour être certains d’accéder au podium.

Le premier filtrage est réussi, nous avons bien travaillé en duo et il reste seulement trois tours à faire. Notre avance est plus que considérable! Il s’agit maintenant d’une bataille à un contre un pour la victoire. C’est à ce moment que je lance la première attaque dans la montée de la ligne d’arrivée en espérant me distancer. Malheureusement, cela n’a guère marché et je suis maintenant vulnérable, en tête de course, à briser le vent. Je fais presque un tour complet à l’avant tout en restant sur mes gardes, car je sais que Kevin, de l’équipe Meteor X Giordana, va lancer une attaque d’ici peu, ainsi je dois être prêt à réagir vite pour économiser mon énergie pour le sprint. Il lance son attaque lorsque nous franchissons la ligne d’arrivée avec deux tours à faire. Nous dépassons les 50 km/h de moyenne pour ce tour complet. Comme dans un scénario de film, Kevin sprinte au mauvais tour et me donne des frissons lorsqu’il lève les bras, car bien caché dans sa roue et relativement confortable, je pensais pendant deux secondes avoir perdu sans m’être arraché les jambes au sprint. Je reprends mes esprits en remettant en question ce qui vient tout juste de se passer… Je regarde l’officiel et il me fait signe avec la main en l’air qu’il reste bien un tour à faire. C’est à ce moment que je reprends le contrôle de mon cockpit en lui lançant une bombe au début du véritable dernier tour. (Je vous rappelle que c’est une course de pignon fixe et qu’une seule vitesse nous permet de nous propulser.) Cependant, vu mon ratio plus petit que le sien, il réussit à reprendre mon avance dans la descente du circuit. Avec encore quelques goûtes d’essence dans le réservoir, I’m rolling the dice avec une attaque finale à mi-parcours, dans le virage le plus technique du critérium. Je maintiens l’effort jusqu’au segment du sprint final, Kevin Girkins sort de ma roue et parvient à prendre environ un pied d’avance avec seulement 15 mètres à faire, puis, soudainement, je ressens un second souffle, porté par le bruit assourdissant de la foule. Je donne deux coups de pédales supplémentaires tout en déviant vers lui pour le gêné légèrement dans sa course et voilà, je n’en reviens tout simplement pas: the dream is coming true, I did it.

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